Commentaires de yogacharia
B.K.S. Iyengar (1) |
Vous pouvez également consulter ce texte
en format Acrobat Reader: patanjali_asana.pdf
(19k) .
II.46 L'asana est réalisée dans la parfaite fermeté
du corps, la constance de l'intelligence et la bienveillance de
l'esprit.
Ce sutra du deuxième chapitre des Yogas Sutras de Patanjali,
ainsi que les deux suivants, définissent les asanas et leurs
effets.
Cette définition signifie que quelque soit la posture, elle
doit être prise avec fermeté et endurance du corps,
enthousiasme de l'esprit et attention, ainsi que ravissement de
l'intelligence du coeur. C'est ainsi que toute asana devrait être
étudiée, pratiquée et expérimentée.
Que la pratique soit nourrissante et inspirante.
Dès le tout premier sutra, Patanjali insiste sur la perfection.
Quelque soit la posture, discipline et attention sont indispensables
pour pénétrer le corps jusqu a ses extrémités.
La posture de méditation elle-même doit être
étudiée à travers les fibres, les cellules,
les articulations et les muscles en collaboration avec l'esprit.
Autrement, les postures deviennent fades et le pratiquant stagne
de même.
D'autre part, contrairement à ce que certains commentateurs
affirment, Patanjali ne traite pas que de la seule posture assise
destinée à la méditation. C'est bien dans toutes
les asanas que le corps doit être ajusté, aussi bien
que l'esprit. Dans toutes les asanas que l'on cherche à rester
de plus en plus longtemps le corps éveillé et l'esprit
serein, sans agressivité dans les fibres musculaires, ni
dans les cellules de la peau. Qu'un espace soit créé
entre les muscles et la peau, afin que celle-ci reçoive les
messages des muscles, des ligaments et des articulations pour les
transmettre au cerveau, à l'esprit et à l'intelligence
pour leur permettre d'évaluer la justesse du geste. Ainsi,
les Yamas et Niyamas sont respectés et action et réflexion
harmonisées. Enfin, la pratique de postures variées
purifie le système nerveux permettant à l'énergie
de circuler librement pour préparer sa distribution idéale
lors du Pranayama.
Normalement, l'esprit est plus près du corps et des organes
que de l'âme. Le raffinement de l'asana la rend toujours plus
méditative au fur et à mesure que l'intelligence s'approche
du coeur même de l'être,
La posture doit remplir cinq fonctions :
(1) Entraîner les organes d'action (corps physique)
(2) Raffiner la perception de l'action.
Ces deux premiers stades développent :
(3) La discrimination qui, en retour, va améliorer leur
collaboration pour perfectionner encore l'asana.
(4) Dès lors, attention et énergie coulent harmonieusement
et sans interruption dans tous les canaux du corps de manière
à la fois centrifuge et centripète.
(5) Enfin, un état de joie pure est ressenti dans toutes
les cellules et l'esprit. Corps, esprit et âme ne font plus
qu'un, manifestant ainsi au stade d'asana les états de Dharana
(concentration) et Dhyana (méditation).
Sur ce dernier point, la présentation par Patanjali des
sixième et septième étapes du Yoga, Dharana
et Dhyana, décrivent magnifiquement l'accomplissement d'asana
: le maintien de l'attention sur un point ou un espace à
l'intérieur ou à l'extérieur du corps constitue
la concentration (Dharana). La poursuite de cette pratique transforme
l'attention sur un point en attention sans choix. Lorsque cette
dernière s'exerce sans plus d'interruption aucune, elle débouche
sur la méditation (Dhyana). Quand, dans le troisième
sutra consacré à la posture, Patanjali dit que son
résultat final est la suppression des paires d'opposés
, ou l'état d'unité, il implique clairement Dharana
et Dhyana.
II.47 L'asana est accomplie quand l'effort est devenu sans effort
et que l'infini en nous est réalisé
La perfection de l'asana est réalisée quand tout
effort s'est résorbé dans un état d'équilibre
infini et que ce véhicule limité qu'est le corps s'immerge
dans le témoin (Seer).
Le sadhaka (pratiquant) réalise la posture de fermeté
quand tout effort est superflu. Dans cette stabilité, il
saisit le sens physiologique de toute asana et peut pénétrer
vers les couches plus profondes pour atteindre les parties les plus
infimes du corps. Alors, il acquiert l'art de la relaxation, tout
en maintenant la fermeté et l'extension du corps et de la
conscience. Il développe ainsi son intelligence intuitive
pour lire, étudier et accéder à l'infini. Il
se fond dans l'état sans limite de l'unité, à
la fois indivisible et universelle.
Certains prétendent que la maîtrise de la posture
peut être atteinte simplement en s'abandonnant à dieu.
Comment peut-il en être ainsi ? Le yoga nous met sur le fil
du rasoir et la perfection de l'asana exige persévérance,
vigilance et vision profonde. Sans quoi, nous végétons.
S'abandonner à dieu ne suffit pas à nous rendre parfait,
bien que ça nous aide à renoncer au succès
en tant que but et nous guide vers l'humilité même
quand la perfection dans l'asana est réalisée.
II.48 Dès lors le sadhaka est libéré de
la dualité.
Le résultat de la posture est de mettre fin à toute
dualité entre corps et esprit, esprit et âme. Aucune
paire d'opposés ne peut plus affecter celui qui est un de
corps, d'esprit et d'âme.
Lorsque corps, esprit et âme sont unis dans la posture parfaite,
le sadhaka atteint un état de béatitude. A ce stade,
l'esprit, qui est à la racine de la perception duelle, cesse
de le perturber. Il n'y a plus place pour joie ou chagrin, chaleur
ou froid, honneur ou déshonneur, peine ou plaisir. C'est
la perfection dans l'action et la liberté de la conscience.
C'est seulement lorsque cette perfection est atteinte dans la posture
que le pranayama peut être entrepris.
Traduction très libre, mais très
respectueuse
de Jean Lechim
(1) Light on the Yoga Sutras of Patanjali,
HarperCollins, India |