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Là, suspendu dans l'incessante mouvance de la terre
et des cieux, il vit, il toucha, il huma, il goûta,
il entendit, il connut : dans le monde des formes, rires
et larmes éternellement se mélangent.
Et il sut : il ne pouvait rien sur l'ordre des choses,
mais tout sur la manière de le vivre. Bonheur ou malheur
dépendaient de lui.
Et il en prit la responsabilité. Il devint le sadhaka,
le pratiquant.
- La pratique de l'étique (yamas) et
de l'ordonnance du caractère (nyamas) pacifia ses
émotions.
- La pratique des postures (asanas)
et de la maîtrise des énergies (pranayama) purifia
son corps.
- La pratique du contrôle des sens
(pratyahara) fit taire le monde.
- La pratique de la concentration (dharana)
et de la méditation (dyana) apaisa les vagues de son
esprit.
Et il reposa enfin dans sa propre joie, cette félicité
qui ne naît de rien et se suffit à elle-même : SAMADHI.
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Les Yoga sutras (aphorismes) de Patanjali constituent
la présentation la plus exhaustive de la philosophie du yoga. C'est
d'eux que s'inspirent (entre autres) aussi bien l'approche de yogacharia B.K.S.
Iyengar que celle du Yoga de l' Énergie.
Ils visent à la totale purification du mental et, s'ils
peuvent paraître proposer une voie progressive, il n'en reste pas
moins que tout est là dès le début, de tous temps
et pour toujours.
Patanjali demeure un personnage mystérieux.
Dans
ses commentaires sur les Yoga Sutras "Light on the Yogas Sutra
of Patanjali" ([1]),
yogacharia B.K.S. Iyengar nous dit:
"Historiquement, Patanjali
semble avoir vécu vers 500 ou 200 ans avant J‑C. Mais l'essentiel
de ce que nous savons de lui vient de légendes: Il est considéré
comme un svayambhu, une âme évoluée qui a choisi de se réincarner
pour aider l'humanité. Il a revêtu une forme humaine pour expérimenter
nos joies et nos peines et apprendre comment les transcender. Dans
les Yogas Sutras, il décrit les moyens de dépasser les tourments
du corps et de l'esprit, obstacles à l'évolution spirituelle.
"Ses propos sont directs, originaux et
traditionnellement considérés comme d'inspiration divine. Plus de
vingt siècles plus tard, ils sont toujours actuels, fascinants,
universels et complets. Ils le resteront sans doute pour les siècles
à venir. En 196 aphorismes, ou sutras, il traite de tous les aspects
de l'existence, commençant par un code de conduite éthique pour
finir par la vision de notre véritable nature. Chaque terme des
sutras est d'une extrême concision et précision; chargé de sens.
De même que la moindre goutte de pluie participe à la formation
des océans, tous recèlent réflexion et expérience et sont indispensables
à l'ensemble.
"Patanjali n'a pas traité que du yoga,
mais aussi de grammaire et de médecine. Les Yogas Sutras sont son
oeuvre maîtresse, la distillation de la connaissance humaine. "
Patanjali définit le yoga comme visant à la "cessation
des vagues du mental" ou à sa purification. Ainsi, sur ce chemin
de connaissance, ce n'est que dépouillé de l'héritage du passé,
du vécu, des imprégnations culturelles, des idées reçues, des savoirs,
justes, faux, imaginaires, etc., que le mental peut refléter la
réalité telle qu'elle est, par une perception directe, au-delà de
l'intellect et des sens et, bient sûr, des "j'aime, je n'aime pas"
de l'ego.
Toute la démarche yogique, aussi bien dans ses
techniques corporelles, psychologiques que spirituelless, tend à purifier
l'esprit de ses conditionnements pour nous rendre à notre nature
originelle, décrite comme existence pure, conscience, béatitude
(''Sat, chit, ananda") et gage d'une félicité totale, éternelle,
inconditionnée.
C'est la libération ou samadhi.
La libération de ce monde conditionné dans lequel
l'expérience, entachée d'ignorance, oscille constamment entre plaisir
et souffrance, du fait même de l'impermanence de toute chose, à
commencer par la notre, pauvres mortels. Impermanence qui implique
nécessairement désillusion et frustration : "Pour le sage,
en ce monde, le plaisir même est insatisfaisant, car il sait qu'il
va finir".
La libération, c'est aussi la réalisation de notre
liaison (Yoga) au Tout ou, selon nos convictions personnelles, à
Dieu, ou à l'Énergie créatrice, ou cosmique, ou à la Nature, ou
à cette Force supérieure à laquelle nous participons et aspirons
tous, souvent sans le savoir.
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Parmi tous les autres moyens habiles qu'il énumère, Patanjali
trace un chemin en huit étapes,
l'ASHTANGA YOGA
le
yoga des huit membres (ashta, huit, anga, membre), ou les huit piliers
du yoga.
"Tels
des perles enfilées sur un fil, ils forment un précieux collier,
un diadème de connaissance fulgurante. Comprendre leur message et
le mettre en pratique permet la transformation de tout l'être en
une personne hautement cultivée et civilisée, rare et bénéfique." (Sri B.K.S. Iyengar)
1/ Les cinq Yamas, l'éthique,
moyens habiles, ou actions justes, grandes lois universelles, non
liées à l'époque ou au lieu. Ils témoignent du respect de soi-même
et d'autrui et initient à cette dimension fondamentale qu'est la
compassion, l'amour inconditionnel et universel. Brièvement résumées,
ces cinq règles de vie sociale comprennent
- Ahimsa : La non-violence, le respect et la protection
de toute vie.
- Satya :La
vérité, la parole juste, allant de la
vérité à l'abstention de tout bavardage futile,
source trop souvent ignorée d'agitation mentale.
- Asteya : Le respect de la propriété d'autrui, allant
jusqu'à ne pas s'approprier ce qui ne nous a pas été
donné.
- Brahmacarya : Une conduite sexuelle consciente établie dans une relation à long terme.
- Aparigraha : La sobriété, c'est-à-dire le vœux de
ne pas consommer plus que ses besoins et de s'abstenir de ce qui
trouble l'esprit, comme les drogues, dont l'alcool. A ce chapitre et
pour notre époque, le maître vietnamien Thich Nhat Hanh
ajoute la modération dans ces médias qui envahissent
notre vie (ordinateur, presse, radio, télévision).
Exprimés différemment, les cinq yamas recoupent
donc notre décalogue. Ils se résument en "Vie simple, pensée
élevée".
2/ Les cinq Niyamas, qualités personnelles
à retrouver en soi.
- Sauca : Pureté (du corps, des actes et de la pensée).
- Santosa : Contentement : "Désire tout ce que tu
as et tu auras tout ce que tu désires".
- Tapas : Ardeur spirituelle, intrépidité joyeuse sur
la voie, discipline.
- Svadhyaya : Étude des textes sacrés,
pour retrouver son maître intérieur.
- Isvara Pranidhana : Abandon à Ishvara, ou Dieu.
Ces deux premières étapes instaurent un début d'apaisement
du mental en nous permettant de vivre consciemment passions et instincts
sans plus en être les jouets. Notre vie devient vertueuse (non au sens moral, mais
dans la mesure où nous apportons du bien).
3/ Asana, les postures, qui purifient
le corps pour en faire un bon serviteur plutôt qu'une source de
tourments et qui le réunifient à l'esprit, alors que si souvent
ce dernier erre ailleurs dans l'espace et le temps. Que ce corps redevienne le temple de l'esprit.
4/ Pranayama, purification de prana,
l'énergie, par le biais de la respiration et de l'attention.
Mais une respiration autrement plus puissante et subtile que celle
qui nous habite ordinairement et caractérisée par de très
longues apnées; et une attention sans commune mesure avec
celle que nous connaissons, capable de réveiller et d'hamoniser
les énergies dans tout l'être.
5/ Pratyahara, retrait ou maîtrise
des sens
Ces cinq premières étapes allègent considérablement, mais
pas totalement encore, les contraintes du monde extérieur pour nous
permettre de plonger avec infiniment moins de distractions à l'intérieur
de nous-même. De nombreux voiles du mental sont tombés, laissant
poindre toujours plus l'Homme authentique.
Le yoga est le plus souvent connu sous l'apellation de
'Hatha-Yoga'. Ha signifie soleil et symbolise l'énergie
créatrice, réalisatrice, masculine, etc. Tha veut dire
lune et symbolise l'énergie réceptive, féminine,
l'intelligence profonde, la sensibilité, la faculté
d'intériorisation, etc. Dans un autre contexte, Ha
correspondrait à l'énergie yang, alors que Tha
équivaudrait au yin. « Le terme 'yoga', vient de la racine
sanscrite « yuj » qui signifie lier, unir, attacher,
atteler sous le joug ou diriger et concentrer son attention, ou encore
utiliser et mettre en pratique ».
Hatha-Yoga signifie donc union du soleil et de
la lune ou équilibre des énergies et qualités qu'ils symbolisent.
Les cinq premières étapes décrites jusqu'ici constituent
la phase évolutive, solaire, Ha. Elles font culminer l'être au sommet
de ses possibilités d'action. La phase involutive, lunaire, Tha,
peut alors être abordée plus radicalement avec les trois dernières
étapes. " Le corps est le fondement de notre croissance spirituelle (Ha). Mais non sa fin. Continuez à vous élever toujours plus
vers la joie suprême, celle de l'âme (Tha)". (Citation d
Amrit Desai).
La quête de la connaissance illuminante, de la
paix et de la joie intérieures se poursuit dès lors à travers:
6/ Dharana, la concentration,
décrite comme un flot de conscience toujours plus continu sur
l'objet d'attention choisi, qu'il soit souffle (le plus
fréquemment), flamme de bougie, mantra (répétition
d'une syllabe - OM par exemple - ou d'une sentence
sacrée), perceptions sensorielles (images, contacts, sons,
odeurs, goûts), sensations émotionnelles ou
psychiques, ambiances intérieures, pensées, centres
d'énergie, ou autres.
Ainsi concentrée, l'attention rencontre de moins en moins
d'interruptions. Celles-ci sont toujours plus courtes et toujours plus
vite repérées.
La concentration ne connaît plus de distractions et devient :
7/ Dhyana, méditation. A ce stade,
l'observateur est encore conscient de lui-même. Il garde la notion
d'une séparation, d'une dualité entre l'observateur et l'observé.
La méditation s'approfondissant, l'esprit accède à un nouvel état
(samyama), la perception directe, irradiation de la conscience mentale
par la lumière de la spiritualité, qui offre la réalisation que
toute chose s'apparente à la même Énergie créatrice, que nous ne
sommes pas des individus séparés, isolés, que nous participons de
manière à la fois insignifiante et essentielle au jeu de l'Univers.
L'ego est alors pratiquement aboli, de même que les imprégnations
du passé (vasanas). Un être neuf se profile pour naître, ou plutôt
renaître, à sa nature originelle, parfaite. La métamorphose sera
parachevée au cours de l'ultime étape :
8/ Samadhi, purification définitive
du mental, libération des contraintes de ce monde, union à Ishvara (Dieu) ou au Tout, connaissance suprème (antidote de l'ignorance, cause première de la souffrance), nirvana, bonheur hors de toute cause ou condition, Paix, Joie, Harmonie véritables.
Patanjali souligne dès le début du chapitre dédié à la Sadhana, la pratique, que
pour s'y engager avec succès il convient d'avoir
déjà abordé le développement de trois
qualités regroupées sous le terme de kriyayoga :
-La discipline (tapas), en rapport avec la volonté.
-L'étude profonde des textes de sagesse relatifs au yoga (svadhyaya), en rapport avec l'intellect.
-L'abandon à
Isvara, Dieu ou Conscience suprême (isvara pranidhana), en rapport avec les émotions.
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On pourrait résumer ce cheminement comme un raffinement
toujours plus poussé, mais harmonieux, naturel, organique, de l'attention,
qualité essentielle : d'abord tournée vers l'art de vivre (Yamas,
Niyamas), elle se développe dans l'observation du corps (Asanas,
Pranayama, Pratyhara) pour se parfaire en s'absorbant finalement
exclusivement dans la contemplation de l'esprit (Dharana, Dhyana,
Samadhi, étapes souvent regroupées sous l'appellation de Raja Yoga).
Il faut souligner, que la carte n'est pas le paysage.
Que ces techniques ne sont que des exercices, que des formes. Qu'elles
ne sont pas la connaissance même, mais indiquent simplement la voie
du travail personnel. "La pratique ne peut se faire qu'au fond
de votre cœur". Il y a là une difficulté majeure, tant il est
vrai que la plupart de ces notions correspondent à des états de
conscience qui nous sont encore inconnus et qu'elles restent abstraites
tant qu'elles ne sont qu'intellectuelles. Pourtant, pour qui affermit
sa motivation, développe son ardeur spirituelle, elles éveillent
une voix intérieure qui en fait pressentir la vérité.
Il est important aussi de se rendre compte de la
vastitude de ce cheminement et aussi du fait qu'il était proposé
à l'époque à quelques êtres d'exception qui, lorsqu'ils l'entreprenaient,
étaient prêts à renoncer joyeusement au monde, à se mettre aux pieds
de leur guru (celui qui disperse les ténèbres) pour étancher leur
soif de connaissance et d'absolu.
Les temps ont changé. Le yoga est maintenant proposé
à tout un chacun. Et bien heureusement, car il est un bienfait
pour l'humanité. Qui plus est, le plus souvent, ceux qui le présentent
ne sont pas des maîtres, mais des professeurs qui n'en ont qu'une
connaissance, sincère, espérons-le, mais partielle. Enfin, les pratiquants
n'ont que très exceptionnellement cette motivation radicale des
premiers temps. Mais qu'ils se mettent en chemin pour toutes sortes
de raisons moins glorieuses certes, mais parfaitement valables (mal
de vivre, insomnie, nervosité, maladie, remise en forme, remise
en question, etc.), le "miracle du yoga" persiste, en
ce sens qu'une démarche bien conduite épure et transforme naturellement
ces motivations terre à terre en une quête toujours plus enthousiaste
de la vérité.
De plus, semble-t-il, l'époque, l'ère du Verseau,
est propice à cette recherche d'authenticité. L'être aborde, qu'il
le veuille ou non, une période de transformation transcendante.
Et le Yoga aussi.
Né en Inde, il n'en est pas moins
porteur de vérités universelles.
En Occident, il serait bon qu'il se dépouille des aspects culturels liés aux traditions
orientales pour se mouler à notre culture et à l'époque, en englobant ce
qu'elles ont à lui apporter.
Répondant ainsi à la prophétie qui dit "Quand le
cheval (le train) et l'oiseau (l'avion) de fer
apparaîtront sur la terre, Orient et Occident s'épouseront"
Qu'il intégre nos formes, sans trahir l'esprit.
La vérité demeure, sa forme change. De tous temps,
"le sage sait qu'il n'y a qu'un seul Dieu, mais il lui donne
plusieurs noms".
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